Misha jeta un cahier dans le sac posé sur le lit. Cela faisait trop longtemps qu'elle était ici. De plus elle avait entendu ses voisins discuter entre eux : ils la trouvaient bizarre et d'après eux la jeune fille qui avait le numéro 132 avait un comportement d'assassin. Même la vieille dame qui habitait l'étage d'en dessous avait violement critiqué cette nouvelle venue qui revenait tard dans la nuit, trop tard pour une fille sensée être sans histoires. Ils n'avaient pas tout à fait tort de s'inquiéter. Ils ne tarderaient pas à appeler la police du secteur. La jeune fille aurait pu les convaincre de ne rien faire mais a quoi bon de tout façon ? A quoi aurait servi de les faire vivre dans la peur jusqu'à la fin de leurs jours ? Tôt ou tard, il aurait fallu qu'elle disparaisse de nouveau. Cette chambre ne lui manquerait en aucune façon : l'unique fenêtre ne laissait guère entrer le soleil lorsque celui-ci daignait se montrer. La ville paraissait grisâtre même en pleine lumière et les rares personnes qui osaient sortir ne pouvaient guère en profiter. En effet, les immeubles se dressaient tellement haut que l'on avait l'impression qu'ils voulaient toucher les nuages. C'était dans l'un de ces amas de béton que Misha avait élu domicile pour quelques temps. Situé dans le secteur 5 qui avait l'avantage de n'être que peu visité par les forces de l'ordre, l'immeuble était composé de plusieurs chambres louables pour peu d'argent. Le petit chez soi avait du mal à contenir un lit un bureau et un coin cuisine. La salle de bain était par chance située dans le studio et on avait réussi à y entasser le nécessaire à la toilette.
Soudain Misha entendit une portière claquer en bas de l'immeuble. Elle jeta un coup d'½il discret par la fenêtre et pu apercevoir un des véhicules de la police. Ainsi les voisins avaient appelé plus tôt que prévu. Il ne lui restait que peu de temps avant qu'ils n'arrivent à son étage. Les ascenseurs en panne les ralentiraient, mais pas suffisamment au gout de Misha. Rester dans la petite chambre n'était cependant pas une bonne solution. Elle prit son sac, sortit dans le couloir et commença de se diriger vers les escaliers. Son plan était simple, d'abord gagner le toit, puis aviser. C'est alors qu'elle les entendit : ces petits hélicoptères améliorés de la police. Cela signifiait que le toit n'était plus envisageable. D'autres unités avaient sans doute commencé à grimper les douze étages qui séparaient le rez de chaussée de son étage. La jeune fille n'avait plus que quelques minutes pour trouver une solution. Derrière elle se trouvaient les portes de l'un des deux ascenseurs. Tout en espérant que personne n'était venu les réparer, Misha entreprit d'ouvrir les portes. Mais même les pouvoirs qu'elle avait hérités de sa naissance ne suffisaient pas totalement à ouvrir les portes. En prenant soin de ne pas briser le mécanisme, la jeune fille fit coulisser les portes, centimètre par centimètres. Dés qu'elle put se glisser dans l'ouverture, Misha passa à l'intérieur. Les portes se refermèrent et la jeune fille s'agrippa aux cordes. Elle se mit à grimper grâce à la force de ses bras, son sac se balançant au rythme de ses mouvements. Elle espérait ainsi arriver au tout dernier étage qui était complètement dévasté. Là haut les portes des ascenseurs n'existaient plus, défoncées par les jeunes qui y avaient autrefois installé leur « skatt ».
Finalement, au bout de ce qui lui semblait avoir duré des heurs, Misha aperçu l'ouverture au dessus d'elle. Des voix lui parvinrent alors :
-« Ils vont pas être contents. Elle nous a encore échappé. A croire qu'elle vient de l'enfer. »
-« Prie plutôt pour qu'elle n'est pas hérité des pouvoirs du diable »
La jeune fille pria pour que les deux policiers n'aient pas l'idée de regarder à travers l'ouverture. S'ils la découvrait ici, la partie de cache-cache serait terminée. Elle n'avait plus de force et les hommes qui se trouvaient au dessus d'elle étaient surentrainés.
-« En attendant c'est bien joli tout ça, mais on reste ici jusqu'à quand ? Parce qu'à qu'il est elle est sans doute loin maintenant. Et s'ils veulent la retrouver faudrait p'tre s'y mettre. Parce que je ne compte pas attendre encore 6 mois avant de pouvoir revenir sur le terrain avec une piste sérieuse. »
Les choses se corsaient. S'ils avaient monté une équipe entière chargé de la retrouver, se cacher serait de plus en plus difficile.
-« Va falloir attendre encore je crois. Imagine qu'elle soit encore ici ? On la ramène au centre et à nous tous les honneurs. Médailles et cérémonie. Idéal pour draguer. »
-« Pff ... tu pense vraiment qu'à ça toi. Puis avant de la ramener faudrait déjà l'attraper. » S'ils se donnent tout ce mal c'est qu'elle doit être sacrément balèze. »
Misha souri. Elle se souvient avec délice du jour ou elle avait envoyé à terre le chef de leur fameuse équipe. Il avait tenu à peine 30 secondes, juste le temps de le cibler et de commencer à se concentrer. L'air avait très vite déserté les poumons du parvenu. Son air méprisant exaspérait Misha lorsqu'il s se retrouvaient face à face. Il voulait trouver et exterminer tous les semblables de Misha. Ou alors s'en servir comme cobaye pour ses expériences. Cette fois là tout ce qu'il avait obtenu c'est d'avoir mordu la poussière après s'être écroulé par terre à cause du manque d'oxygène. La jeune fille ne l'avait pas tué mais elle le regrettait amèrement. Tuer était au dessus de ces forces. Aujourd'hui l'homme avait une dette envers elle, s'il était loyal il la lui rembourserait un jour.
-« Toujours en train de discuter ? Savez-vous que vous être en service et pas au café du coin autour d'un verre ? Si elle vous entendait, elle ne se montrerait pas. Et vous savez pourtant fort bien que sa capture me tient beaucoup à c½ur. »
La jeune fille reconnu sa voix doucereuse. C'était lui. Toujours d'apparence calme et posé. Mais sa personnalité complexe était tout autre. Un frisson de peur la parcourut. Pas à cause de lui, non elle n'en avait jamais eu peur malgré le fait qu'il puisse la vaincre. Non, ce qui la faisait trembler c'était le fait qu'elle soit en si mauvaise posture. Elle n'avait jamais su pourquoi il mettait tant d'acharnement à capturer les siens mais ce qu'elle savait en revanche, c'est que l'homme qui se trouvait à quelque mètre au dessus d'elle avait un gout prononcé pour la violence et la souffrance des autres.
Elle entendit les pas de son ennemi résonner sur le sol carrelé. Chez lui c'était un signe d'énervement. Tout son corps protestait de l'effort qu'elle lui faisait subir. Si les hommes ne partaient pas très vite elle devrait remonter et se battre malgré l'état de fatigue dans lequel elle se trouvait. Même si elle n'avait que peu de chance de réussir à s'enfuir Misha refusait toujours de se laisser aller au désespoir. La roue de la chance pourrait tourner. La vie le lui devait bien après tout ce qu'elle avait vécu. Son sac commençait à peser lourd et la jeune fille pensa pendant un instant à se laisser tomber dans le vide. Puisqu'après tout ou menait l'espoir qu'elle conservait en elle ? A des déceptions, rien que des désillusions. Elle ne manquerait à personne sauf peu être à ce cher Stephan. Encore faudrait il qu'il apprenne sa mort. Même si le service qui la recherchait serait très heureux de l'avoir retrouvée même morte, Misha doutait qu'il annonce sa victoire au monde entier.
-« De toute manière on a besoin de vous aux étages inférieurs. Et puis elle ne pourra pas s'échapper par ici. Plusieurs de nos hommes sont en haut. »
-« Bien chef »
Misha entendit les pas des hommes s'éloigner. Elle se hissa un peu plus haut malgré la protestation de tous ses muscles. N'entendant aucun bruit elle s'agrippa au rebord et sortit des cages. Elle avisa un vieux canapé renversé et s'assit sur le dossier. Ses mains en sang la faisaient souffrir et elle chercha du regard un évier. Puis elle se rappela que le dernier étage n'était plus alimenté en eau depuis longtemps. Le secteur avait pris cette décision sous prétexte de restrictions budgétaires et par peur que des personnes viennent prendre possession des lieux sans rien payer. Au moins jusqu'à ce que la police les arrêtent. Bizarrement ils n'avaient jamais coupé l'électricité.
Les minutes s'écoulaient mais Misha ne semblait avoir aucune envie de bouger. Le contact du canapé était agréable après celui de l'acier. La jeune fille regrettait de ne pas pouvoir avoir un vrai chez soi. Un endroit ou personne ne la délogerait. Où elle pourrait mener une vie paisible, remplie de bonheur. Mais ce n'était pas aujourd'hui qu'elle allait pouvoir réaliser son rêve.
-« Arrête tes illusions ma grande » se dit elle en secouant la tête. « Faudrait déjà te sortir de là »
Ce qui promettait d'être assez difficile si Daemon avait dit la vérité. La nuit n'allait pas tarder à tomber, la situation pourrait alors bien changer. Une canette roula sur le sol et quelqu'un sorti de l'ombre. Misha se releva rapidement et fit face au nouvel arrivant.
-« Tu attends la nuit ? Ou tu cherches un moyen de redescendre ? »
Sa voix calme et doucereuse tremblait d'excitation mal contenue. Misha ne répondit rien, tentant de rassembler ses esprits après sa longue ascension. Le visage de l'homme qu'elle détestait plus que tout apparu en pleine lumière.
-« Ou alors c'est moi que tu attends » Ses lèvres esquissèrent un sourire, vite transformé en rictus. Misha soutint son regard. Ses yeux noirs transperçaient ceux de son adversaire, d'un vert émeraude. Le bruit d'un hélicoptère se fit entendre au dehors. Daemon regarda en direction d'une des fenêtres dont le carreau brisé laissait entrevoir la lune entre les immeubles.
-« Nous somme seuls. J'ai renvoyé tous mes hommes »
-« C'est extrêmement gentil de votre part » railla la jeune fille méfiante
-« Il faut qu'on parle toi et moi. Ne tente pas de m'avoir comme la dernière fois, j'ai pris certaines... précautions depuis »
Misha resta sur la défensive. Il n'avait sans doute pas encore découvert l'étendue de ses pouvoirs et donc ne pouvait s'en protéger.
-« Détends-toi. Je te donne ma parole que je n'essaierai pas de t'attaquer. Je suis un homme d'honneur non ? »
Misha en doutait fortement mais acquiesça d'un signe de la tête et tout comme son ennemi, prit une chaise et s'assit.
-« Nous savons fort bien tous les deux que tes pouvoirs font de toi quelqu'un d'exceptionnel » commença t-il.
Misha aurait du s'en douter. Ses fameux pouvoirs. La jeune fille ignorait comment ils lui étaient venus puisqu'elle n'avait jamais connu ses parents. Tout ce qu'elle savait, c'est que l'agence que dirigeait Daemon voulait s'en emparer.
-« Tu n'imagines pas l'enjeu que vous représentez toi et tes semblables. »
-« Et donc pour éviter une guerre généralisée vous préférez tous nous tuer ? »
-« C'est vrai que l'idée ne me déplairait pas Mais malheureusement ce n'est pas à l'ordre du jour. Il te reste deux choix à présent : Soit nous rejoindre et nous pourront t'ôter ces magnifiques pouvoirs sans mal. Tu pourras alors mener une vie quasi normale. Ou alors le jeu de cache-cache continu et j'aurais alors le droit de prendre ma revanche. »
-« Vous me proposez ce marché parce que vous en avez marre de courir et que vous vous rendez compte que vous n'arriverez jamais à m'avoir ? »
-« S'il n'en tenait qu'à moi et moi seul tu serais déjà morte à l'heure qu'il est » répondit-il en souriant.
-« Qu'attendez-vous dans ce cas là ? » répliqua t'elle affichant le même sourire.
-« Même si tu ignores tous des lois, des règles que les gens normaux respectent, je pensais que tu savais malgré tout que je ne peux pas faire tout ce que je voudrais. Ainsi lorsque nous mettrons enfin la main sur toi, théoriquement je n'aurais pas le droit de mener ton... interrogatoire. »
-« J'ai bien peur que personne, ni vous, ni l'un de vos subordonnés ne puissiez m'interroger. »
-« Le problème avec toi et tes semblables c'est que vous êtes convaincus que vos pouvoirs vous placent au dessus de tous les gens dis normaux. Ne me sous estime pas. »
Misha reçu la remarque sans broncher. Daemon aussi fort qu'elle ? Fallait p'tre pas exagérer.
-« On verra ça la prochaine fois que vous voudrez mordre la poussière » railla la jeune fille. Son ennemi souri encore une fois dévoilant ses dents blanches. Puis il regarda sa montre :
-« Tu as une heure avant qu'un appel anonyme ne prévienne le pauvre homme qui est actuellement de garde au service. »
-« Comment savoir que vous n'allez pas me suivre ? »
-« Me laisseras-tu seulement une chance d'y parvenir ? »
Misha haussa les épaules, se leva et parti en courant.